Free Your Mind [8]

Très, voire trop longtemps après le chapitre 7, je vous propose le 8ème. Bonne lecture à vous !
PS: L'histoire de Meï est absolument inventée de toutes pièces par moi x)

Chapitre 8 : Free Your Mind

Les bruits de la cité lui firent l'effet d'une bombe atomique. Tout était amplifié : les émotions, les bruits, la vitesse du véhicule, les battements de son cœur… Tout lui paraissait énorme et douloureux. Jade faisait de son mieux pour focaliser ses pensées sur une seule chose : son but, sa destination. Elle risqua un coup d'œil à sa droite : la tête penchée sur le côté, le regard vide, Double H respirait douloureusement.

- Tiens bon, Double H, tiens bon ! ne pouvait-elle s'empêcher de hurler, les doigts crispés autour du gouvernail.

Elle bifurqua dans le quartier piéton et ordonna aux autres de sortir de l'hovercraft, alors qu'elle n'avait même pas accosté son véhicule. Ils sortirent en catastrophe. Rob aida Jade à faire sortir Double H du SX350 et celle-ci se mit à réfléchir rapidement. Elle ne pouvait pas emmener les anciens otages dans le repaire IRIS, mais elle n'avait pas le temps de tous les ramener chez eux.

- Excusez-moi, mais le temps presse, et je ne peux vraiment pas prendre le temps de vous ramener chez vous, les enfants. Je vais… vous amener auprès de Nouri. Désolée.
- Jade, ne t'inquiète pas. Maura, Dean, Davon et moi, on va accompagner les petits vers Nouri et rentrer chez nous par nos propres moyens. Va soigner Double H, dit Rob d'un ton rassurant.

Jade maintint son regard émeraude sur son ami taximan et hocha lentement la tête, en signe de remerciement. Elle passa, avec peine, un bras autour des épaules de Double H, et l'accompagna jusqu'à l'Akuda Bar.
Ils entrèrent lentement dans l'établissement. La musique était assourdissante… enfin, ce n'était que l'impression qu'elle donnait à Jade. Le temps semblait s'être ralenti. Les gens étaient envahissants. Les nerfs tendus, elle traversa le bar, sans prêter attention aux regards interrogateurs que lui lançait Seven ou aux questionnements de Mo. Il était peut-être déjà trop tard. Elle gravit la rampe, alla jusqu'à la chambre numéro 3, et remarqua l'absence de Belles-Mirettes au jeu du bonneteau. Apparemment, ils étaient prêts à recevoir son verdict, dans le repaire. Les deux comparses entrèrent dans la chambre et, du mieux qu'elle le put, Jade fit pivoter l'armoire, son ami dont les jambes menaçaient de ployer à ses côtés.
Ils se retrouvèrent devant quatre visages inquiets. Hahn, Belles-Mirettes, Meï et Nino semblaient tous être conscients de la situation. Mais à la réaction de Hahn, Jade comprit qu'aucun d'entre eux n'avait remarqué l'état de Double H.

- Shauni, Double H ! Vous avez réussi ? Tu as pris des photos ? Où sont les requins ? Et les victimes ? l'assaillit-il de questions.
- HAHN ! hurla Jade.

Le silence s'instaura. Jamais elle n'était sortie de ses gonds. Jade avait toujours été calme, avec la tête sur les épaules. Elle avait déjà eu des coups de blues, mais jamais de coups de colère. Surtout contre lui. Contre Hahn. Mais là, elle n'avait pas pu se retenir. Son ami souffrait, et lui ne songeait qu'au reportage. Pour Jade, Double H était LA priorité. Elle inspira un bon coup, puis ajouta :

- Regardez ! Regardez Double H !

À peine eut-elle fini sa phrase qu'elle tira son ami jusqu'à la petite infirmerie installée sur le côté. Elle l'allongea sur le lit et sentit les souffles des autres agents du réseau derrière elle. Meï posa doucement sa main sur son épaule et l'écarta. Les yeux humides, elle se mit à observer la blessure de son ami de longue date. Pendant ce temps, Jade se tourna vers Hahn, le regard droit.

- Tiens, voilà les photos qui prouvent la culpabilité des requins, dit-elle en tendant son appareil. Ca urge moins que la situation de Double H.
- Tu as raison, Jade. Pardon. Je… Je pense trop au boulot. Je devrais réviser mes valeurs.

Jade eut un signe de tête en guise de reconnaissance. Elle se tourna vers Nino et Meï, tous deux penchés au-dessus de Double H. Elle leur raconta brièvement comment s'était passé le sauvetage puis se rendit compte que tous ses muscles étaient endoloris. Elle ressentait aussi une énorme fatigue. Toutes les émotions qu'elle avait emmagasinées depuis le début de la journée lui retombaient dessus, comme un lourd poids porté des heures sur les épaules. Jade eut soudain le vertige et s'arrêta un moment pour reprendre ses esprits.
Hahn la tira de ses pensées.

- Jade, j'ai envoyé ta preuve au gouverneur. Les requins devraient être arrêtés sous peu.
- Merci Hahn. Je suis épuisée.
- Bon, dit calmement Meï. Double H… va « bien », si on peut le dire, dans son cas. Le connaissant, il sera sur pieds dans quelques heures. Une ou deux. C'est un dur. Il est… tellement courageux.

Tous poussèrent un léger soupir de soulagement. Jade regarda, attendrie, les yeux de Meï. Son regard traduisait tant de choses. Elle n'avait jamais su quel était ce lien spécial qui unissait Double H et la Felis Sapiens. Aujourd'hui était peut-être le moment de l'apprendre. Jade n'était pas une curieuse. Mais les attitudes de Meï face à son ami étaient si sincères, si touchantes, que l'on ne pouvait pas y être indifférent.
En attendant, des enfants sortant d'une grande aventure n'étaient toujours pas de retour chez eux, et ça, Jade ne pouvait l'accepter. Elle luttait contre la douleur des orphelins, et avait quasiment abandonnés les anciens otages. Elle les savait entre de bonnes mains, mais leurs parents étaient sans doute dans l'attente depuis trois jours, sans aucune nouvelle. Jade connaissait bien cette sensation d'avoir comme un fragment d'âme arraché. Elle l'avait vécu quelques mois plus tôt, lors de l'enlèvement des orphelins par les DomZ. Cette dernière pensée la fit réagir : elle signala son départ aux autres agents IRIS et s'en alla. Elle n'en avait pas pour très longtemps.
Quand elle arriva près de l'étal de son amie, elle eut de la peine à le reconnaître. Pablo, Chico et Fabian, les trois enfants qui avaient été laissés à Nouri, couraient autour du stand, faisant de l'animation pour les clients, qui étaient beaucoup plus nombreux que d'ordinaire. Jade se fraya un passage parmi les badauds et tenta d'attirer l'attention de Nouri, qui avait bien de la peine à tout gérer. Elle finit par la remarquer, et lui adressa un regard implorant.

- Jade, Dieu merci, tu es là.
- Je vois que tu ne chômes pas ! Comme toujours…
- S'il te plaît, récupère ces enfants, je suis épuisée… Mais grâce à eux, le business marche bien.
- Ce n'est pas plus mal qu'ils soient aussi excités, dit Jade en baissant considérablement la voix. Ils ressortent à peine d'une aventure… traumatisante.

Elle fit comprendre par un regard qu'il était question des affaires d'enlèvement des trois derniers jours. Nouri eut une grimace de compassion pour les enfants et les appela vers elle. Les trois bambins rejoignirent Jade, un grand sourire affiché sur leur visage. Ils étaient apparemment très fiers d'avoir causé tant de pagaille. Jade se mit en route, suivie par Pablo, Chico et Fabian. Ce dernier lui indiqua où se trouvait son domicile et Jade l'y conduisit au plus vite.
Les parents du petit, ayant tous deux des yeux aussi grands que leur fils, ouvrirent la porte, les yeux humides. Quand ils virent leur petit garçon, leur visage s'illumina, et ils se jetèrent littéralement sur lui. Leur seul enfant, qu'ils croyaient avoir perdu, était sain et sauf ! C'était la plus grande joie qu'ils avaient pu ressentir au cours de leur vie. Ils remercièrent maint fois Jade et la prirent également dans leurs bras, pleurant, mais des larmes de joie cette fois-ci. Ils l'invitèrent à entrer mais elle dut refuser, devant ramener Chico chez lui.
La maison de la famille de Chico était plutôt d'apparence pitoyable, mais une fois à l'intérieur, la chaleur humaine vous prenait. La mère, le père, et les trois sœurs du garçon étaient des personnes extrêmement pauvres, mais tout autant, voire plus, généreuses. Ils connaissaient bien Jade et l'accueillirent chaleureusement quand elle leur ramena leur fils. Ils se montrèrent très reconnaissants envers elle.

- Jade, tu nous as tellement aidés depuis l'année dernière… On a une dette éternelle envers toi. D'abord, tu nous délivres des DomZ, maintenant, tu sauves notre fils…
- Mais c'est normal… n'ayez pas cette idée de dette, je vous en prie, répondit Jade, gênée.

Les parents de Chico sourirent et lui offrirent à boire. Elle resta un quart d'heure et finit par s'absenter, laissant Pablo jouer un moment chez Chico, pour qu'elle puisse voir l'état de Double H.
De retour à l'Akuda Bar, elle se montra beaucoup plus ouverte qu'à son arrivée de tout à l'heure. Elle salua Mo avec le sourire, et alla naturellement vers Seven, qui buvait nonchalamment son verre. On aurait dit qu'elle n'avait pas dormi de la nuit. C'était d'ailleurs sans doute la vérité.

- Ca va, Seven ?
- Est-ce que j'ai l'air d'aller bien ? demanda-t-elle avec de la démence dans la voix.
- Seven. Nous avons libéré les otages. J'ai dénoncé les requins. C'est grâce à toi. Merci infiniment. Je sais que Rufus est ton ami, mais ce que tu as fait est bien.

Seven enleva ses lunettes et essuya une larme. Elle eut un petit sourire à l'adresse de Jade et hocha lentement la tête. Jade se leva de la table et s'apprêta à monter au premier étage, mais Francis la stoppa.

- Jade, ils viennent de dire à la radio que l'organisation des requins racistes a été arrêtée ! C'est grâce à toi, n'est-ce pas ?
- En partie, répondit Jade, regardant Seven du coin de l'œil. Francis, t'es un brave type. Merci de ne pas les avoir suivis dans cette opération. Excuse-moi de t'avoir soupçonné.
- T'en fais pas, Jade. Je te dois le respect, t'es la première à m'avoir battu au jeu du palet. J'attends ma revanche, d'ailleurs.
- Compte là-dessus !

Elle donna une petite tape sur l'épaule du requin et prit la direction du premier étage. Belles-Mirettes était de retour à son poste. Quand il l'entendit arriver, il l'encouragea à aller voir dans le repaire. Ca pouvait tout dire : le meilleur, comme le pire. Elle se hâta d'entrer dans sa chambre, puis de faire pivoter l'armoire, pour avoir des nouvelles au plus vite.
L'ambiance semblait s'être détendue. Meï veillait à côté du lit d'infirmerie, Nino était attelé à des tâches diverses, et Hahn fixait les écrans centraux. Il se retourna quand il entendit Jade entrer.

- Jade ! Grâce à vous, les requins ont été arrêtés. Bravo.
- Merci Hahn. Comment va Double H ?

Hahn désigna Meï du menton. Jade s'approcha d'elle. La Felis Sapiens leva le regard vers la photographe et lui sourit légèrement. Elle lui fit comprendre de s'asseoir près d'elle.

- Hub va bien. Il est conscient, il se repose juste un peu. Il m'a dit, pendant ton absence, qu'il dormait un moment mais qu'il serait bientôt sur pieds. Ca ne lui fera pas bien de mal. Ce n'est pas quelqu'un qui pense d'abord à se reposer.
- Il est exceptionnel, dit Jade avec un sourire attendri. Ce type m'épate de jour en jour. Mais malgré le fait que je le connaisse depuis presque un an… je me rends compte que je ne sais rien de lui. À part peut-être, arrête-moi si je me trompe, mais… il me semble qu'il aime bien « Carlson & Peeters » ?
- C'est le moins qu'on puisse dire ! répondit Meï avec un petit rire. Hm, si tu veux savoir, Hubert est quelqu'un d'assez réservé. Il n'aime pas parler de lui. Il est dévoué aux autres jusqu'au bout. Je crois que seuls Belles-Mirettes, Nino, Hahn et moi sommes au courant de son histoire.
- Qu'est-ce qu'il…
- Je ne sais pas s'il apprécierait que je t'en parle. Mais sache qu'en tout cas, il n'y a rien entre nous.
- Ah non, non, je ne…
- Tout le monde se pose la question, interrompit Meï en haussant les épaules. Mais non. On est comme frère et sœur. Je ne sais pas… dès son arrivée, on s'est super bien entendus. Il est adorable, comme tu le sais.
- Je vois… En tout cas, vous êtes très touchants. Ca se voit, que vous vous aimez beaucoup.

Meï ne répondit pas. Elle baissa simplement les yeux sur ses genoux et un sourire étira ses lèvres. Le silence emplit la pièce pendant un moment. Puis, Meï reprit la parole :

- Jade, tu sais ce qui m'a motivée pour intégrer le réseau IRIS ?
- Pas du tout…
- J'étais jeune. Et animée par la haine et la soif de vengeance. Mes parents et d'autres Felis Sapiens venaient d'être décimés par un groupe de personnes – toujours inconnues – avec les mêmes idées que les requins de l'îlot noir. Feiji, mon cousin, et moi, étions les seuls rescapés. Nous avons fui jusqu'ici, et nous nous sommes débrouillés pour grandir, étudier. C'est vers 17 ans que nos chemins se sont séparés. Il a intégré l'armée, comme Hub, mais dans les forces Alpha. Quant à moi, j'ai attendu. J'ai vite compris ce qui se tramait du côté des Sections Alpha. Je me suis renseignée, et j'ai rencontré Hahn. Révoltée contre mon cousin qui osait semer la souffrance, la même que nous avions subie, je suis entrée au sein du réseau IRIS. La suite, tu la connais. Feiji, j'imagine qu'il a dû disparaître avec les Sections Alpha. À l'époque, ça m'aurait affectée. Maintenant, je n'ai plus aucune pitié. Il nous a trahis, ma famille et moi. Alors, quand, quelques jours plus tôt, cette histoire de racisme a fait surface, je n'ai pas pu m'empêcher de me sentir concernée. J'aimerais tellement que tout s'arrange. C'est pour ça que je me bats, principalement. Et je te remercie, Jade, d'être aussi motivée que moi, que nous, à lutter pour la justice.
- Meï, il n'y a pas à me remercier. En tant qu'Hillyenne, je me dois de me battre pour la liberté, la justice. Merci à vous de faire exister le réseau.

Les deux jeunes femmes échangèrent un sourire entendu. Nino les rejoignit, posa une main sur l'épaule de chacune et dit :

- Toujours aussi bavardes, à ce que je vois !
-C'est de l'ironie, j'espère ? Meï et moi parlons, à nous deux, trois fois moins que toi ! pouffa Jade.
- Bien sûr, Shauni. Je pensais que tu le remarquerais par toi-même.
- On sait jamais, avec toi.

Nino allait répliquer, mais un bruit métallique attira l'attention des trois jeunes gens. Leurs regards se posèrent sur Double H, qui remuait pendant son sommeil. La minute qui suivit leur prouva qu'il ne s'agissait pas de sommeil, mais bien du réveil de leur ami. Il ouvrit lentement les yeux, se massa la nuque douloureusement, puis se releva brusquement.

- A-Au rapport ! balbutia-t-il. Qu'est-ce qu'on attend ? Il faut arrêter les…
- Double H, dit doucement Jade en posant une main sur celle de son ami. Tout est fait. Ils sont hors d'état de nuire. On a réussi !

Double H se détendit. Il grimaça quand il baissa la tête.

- Tu t'es pris un projectile dans la nuque, dit Meï. Heureusement, ça n'a pas touché un point sensible. Tu aurais pu être paralysé…
- Merci, Meï. Merci pour tous tes soins. Mademoiselle Jade, comment allez-vous ?
- Mieux que toi, je crois ! Je suis contente que tu t'en sois tiré, Double H.
- Vous avez vraiment cru qu'un simple projectile allait m'anéantir ? C'est mal me connaître.

Tous, y compris Hahn, qui les avait rejoints, eurent un petit rire. Ils reconnaissaient bien là leur ami. Hahn expliqua brièvement à Double H comment les requins avaient été stoppés, puis dit qu'ils pouvaient disposer. Jade n'attendit pas une minute et prit la direction de la sortie. Double H lui emboîta le pas.
Jade devait retourner chez Chico pour aller chercher Pablo avant de retourner au Phare. Double H tenait à rester avec elle. Leur relation n'était plus celle de collègues. Maintenant, ils étaient amis, et ne voulaient pas se voir uniquement dans le cadre de leur travail. De plus, Pablo avait fini par considérer Double H comme son grand-frère.
Les parents de Chico se montrèrent à nouveau extrêmement chaleureux au retour de Jade. Ils leur proposèrent aussi à boire. Jade dut refuser, cette fois-ci. Cela faisait depuis tôt ce matin qu'elle avait laissé Yoa et Pey'j s'occuper de tout le phare, et, vu l'état de Pey'j, cela ne présageait rien de bon. La pauvre Yoa devait être seule contre tous. Pablo dit au revoir à son ami et les trois compagnons quittèrent le quartier pauvre de la cité pour regagner l'hovercraft.
D'apparence, il n'y avait aucun problème. Mais au démarrage, Jade sentit que quelque chose clochait. Le véhicule avança, alors elle n'y prêta pas plus attention. Elle quitta la cité, mit le cap sur le Phare… puis plus rien. Le paysage de défila plus, l'hélice ne tourna plus, aucune gouttelette ne vint glisser sur le pare-brise. Ce n'était pas une panne. La bouée avait crevé. Jade se souvint : quand Double H avait été touché, elle avait entendu une sorte de soupir. C'était ça ! Il fallait vite contacter le garage Mammago, ou on les retrouverait tous trois au fond de l'eau…

- Double H… Tu crois qu'on a vraiment la poisse ?
- Ah, M'oiselle Jade, comme diraient Carlson et Peeters…
- Oui, oui… Poisse ou pas, seul le mental face au danger t'aidera. En attendant, c'est les frères Mammago qui vont nous aider.

Sur ces mots, Jade envoya un mail d'urgence au garage Mammago et attendit, son cœur cognant contre sa poitrine.

Ajouter un commentaire
 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×