Le Petit Chaperon Rouge

Et ben, voilà, j'ai essayé d'écrire le 3ème Règlement de contes. Le thème est donc le "Petit Chaperon Rouge". J'ai vraiment écrit un truc un peu bizarre, j'avoue que je me surprends moi-même. Pas en bien, d'ailleurs. La fin est un peu hard, rien de choquant bien sûr - j'ai déjà fait pire - mais si je peux dire "Âmes sensibles s'abstenir"... bah voilà ! x) 
Bonne lecture quand même ! x)

Le Petit Chaperon Rouge

Il était une fois une petite fille de village, la plus jolie qu'on eût su voir ; sa Mère en était folle, et sa Mère-grand plus folle encore. 

Un jour, sa mère lui donna une galette et un petit pot de beurre pour qu’elle pût les porter à sa mère-grand. Souriante, gaie et enjouée, la petite accepta et se lança sur le chemin. 

Quelques heures plus tard, elle revint en hurlant à la mort, et portant sur elle un joli chaperon blanc, qui lui saillait à merveille. Seulement, les traits délicats de son visage étaient déformés par les larmes. La mère de la petite apprit alors avec horreur que sa propre mère était décédée, sous les yeux mêmes de sa petite-fille. Le chaperon qu’elle portait était le seul héritage que sa mère-grand avait pu lui laisser. Dans un dernier souffle, elle lui avait dit qu’il était pour elle. 

Les jours suivants, on put s’étonner de voir le calme de la petite, qu’on appelait à présent « le Petit Chaperon Blanc », surnom dû au cadeau de feue sa mère-grand, qu’elle portait nuit et jour. La petite fille, cela dit, restait de manière permanente dans sa chambre, à ne parler à personne, ne sortant que pour manger. En réalité, une idée germait peu à peu dans sa tête. Elle était persuadée, à cause de son jeune esprit, que sa mère-grand n’était pas morte de vieillesse, mais que quelqu’un avait bel et bien enlevé son âme. Alors elle décida de se venger. Elle allait décimer son village jusqu’à ce qu’elle fût sûre que sa mère-grand reposât en paix. 

Des semaines plus tard, la mère put constater que sa fille ne portait plus son chaperon blanc. Cependant, on continuait à la surnommer ainsi. C’était presque devenu son nouveau prénom, comme pour souligner le changement de personnalité de la petite fille depuis la mort de sa mère-grand. 

- Ma fille, dit un jour la mère de la petite. Je serais ravie que tu ailles faire quelques courses pour moi, au village…
- Bien sûr, mère, répondit le Petit Chaperon Blanc de cette voix posée qu’elle avait adoptée depuis peu.
- Merci beaucoup. Ne passe pas par les bois, je t’en prie. Avec tous ces meurtres, depuis deux semaines…
- Ne t’en fais pas. Je serai très prudente.

Un sourire dément aux lèvres, elle se mit en route. Une fois hors de vue de sa mère, elle s’écarta du chemin pour se rendre dans les bois, devenu récemment son lieu de prédilection. Elle courait à travers les bois, comme une petite fille innocente, comme si tous les meurtres dont parlait sa mère n’avaient pas été commis par elle. 

« Mais comme elle est mignonne. Adorable. À croquer. Je n’aurais jamais osé croire qu’un individu de race humaine pouvait être aussi craquant que cette petite. Ca fait deux semaines que je la vois se déhancher entre les arbres pour me rejoindre dans ma tanière, et récupérer son chaperon et son poignard. D’ailleurs, elle arrive. Hmmm, je frétille d’impatience d’avoir droit à de la délicieuse chair fraîche… Quelle chance j’ai eue de me trouver sur sa route ce jour-là ! Ce fameux jour où tout a commencé entre nous deux… Elle marchait, l’air déterminé. C’était la première fois que je voyais une si jeune enfant avec une arme dans la main. Elle portait son petit chaperon… un joli chaperon blanc qui lui allait à merveille. Elle n’avait pas peur de moi. Elle m’a traité comme si j’étais un chat. Puis elle est partie. Deux heures plus tard, elle est revenue, traînant derrière elle un étrange bout de chair fraîchement prélevé du cadavre d’un humain. C’était elle qui l’avait tué : son chaperon était tâché de sang, et il en coulait sur la lame du poignard. Elle m’a donné le bout de chair, dont je me suis délecté, puis a passé autour de mon cou son chaperon. Docile, je l’ai conduite à ma tanière, et lui ai fait comprendre qu’elle pouvait cacher son arme ici. Elle m’a remercié et s’en est allée, galopant d’une manière tellement enfantine, tellement innocente, qu’il était difficile de croire qu’elle venait de commettre un meurtre. 
Depuis ce jour, nous avons établi un rapport assez étrange, aussi étrange que peut l’être un rapport homme/loup. Nous sommes amis, complices dans l’atrocité. Elle tue, je mange. Elle tue, je la protège. Elle est le prédateur et moi l’ingénu, les rôles sont inversés. 
Tiens, la voilà justement qui arrive… »

Le Petit Chaperon Blanc arriva à la tanière du loup, un sourire éclatant sur les lèvres. Elle passa sa main sur le museau de son loup d’un geste câlin, presque intime. Le loup se frotta contre ses jambes, de la même manière. Elle détacha le chaperon et le plaça sur ses propres épaules. Le chaperon était passé du blanc immaculé au rouge vif, symbole de tous les assassinats orchestrés par la petite fille. Vêtue du chaperon, elle était méconnaissable, et elle agissait toujours avec tant de discrétion, tant de malice, que personne n’avait encore réussi à la démasquer. Quant au poignard, elle l’avait dérobé dans l’atelier de son père, qui en possédait des dizaines et des dizaines. Il n’avait donc pas pu remarquer l’absence de l’un d’eux. 

Ce n’était pas difficile de tuer. Pas quand on l’avait déjà fait. Le premier meurtre avait été le plus laborieux, puis peu à peu, la petite y avait même pris du plaisir. Elle était en plus animée par la rage du « meurtre » de sa mère-grand. Elle n’avait pas la notion de mort de vieillesse. Pour elle, il fallait l’intervention d’un tiers pour qu’un corps reste sans vie, immobile à jamais. Et elle tenait bien à le faire comprendre à ces hypocrites de villageois. Le responsable de la mort de sa mère-grand en faisait forcément partie. Elle serait impartiale.

Camouflée sous son chaperon, armée de son fidèle poignard, elle se faufila dans une petite maison et, sans scrupules, elle asséna son arme sur sa victime du jour. Un de moins sur la liste.
De retour dans les bois, son chaperon plus rouge encore qu’avant, elle se dépêcha de rejoindre son ami. Une fois dans la tanière, elle se jeta sur lui et posa un léger baiser sur la truffe du loup. Elle retira son chaperon et en revêtit le loup, puis déposa le poignard dans un creux dans le sol.

Ce manège continua pendant un mois encore. Un jour, alors que la jeune fille dormait, blottie contre le loup, un chasseur arriva. Le loup se redressa, grognant et protégeant sa complice. Le chasseur pointa son fusil entre les deux yeux de l’animal. La petite se réveilla, effrayée. 

- Viens ! Echappe-toi ! lui hurla le chasseur.
- Jamais ! répondit férocement la petite, serrant ses bras autour du corps du loup.

Alors, sans plus attendre, le chasseur pressa la gâchette. Une balle vint se loger dans le front de l’animal, dont les pattes ployèrent aussitôt. La petite hurla de désespoir. Déchaînée, elle prit le poignard qu’elle avait dissimulé une heure avant, puis se jeta sur le chasseur. Elle planta la lame dans la poitrine du meurtrier de celui qu’elle aimait par-dessus tout. 

Et parce que selon elle, sans son loup, plus rien n’existait, parce que malgré deux mois de meurtres en séries, elle n’avait pas l’impression d’avoir vengé sa mère-grand, parce que tous ses actes s’avéraient vains, elle dirigea son poignard vers son propre cœur. Pendant de longues minutes, elle ne fit rien. Puis elle eut un regard sur le corps sans vie du loup. Ce fut déterminant. De toutes ses forces, elle enfonça l’arme dans son cœur et s’effondra entre les deux autres cadavres, mêlant son sang aux leurs, pour l’éternité.

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