La Petite Sirène

Bon, autant vous prévenir de suite : les OS de "Règlement de contes" sont très courts. La preuve avec le premier, La Petite Sirène. Devinez de quel conte il est tiré ! x) J'ai l'impression que le thème m'a moins inspirée que je ne le pensais. Ca me paraît un peu inabouti. A vous de voir, maintenant ^^

Résumé du conte initial: Ariel est une sirène qui vit au fond des mers, entourée de ses soeurs. Un jour, lors d'une tempête, elle sauve un prince et en tombe amoureuse. Une fois sur la plage, le prince se réveille mais une jeune fille arrive à son tour, et il pense que c'est elle qui l'a sauvée. Ariel, dépitée, retourne sous l'eau et demande conseil à sa grand-mère pour devenir une humaine. Elle lui dit qu'elle doit se faire aimer et épouser d'un homme. Ariel va voir la sorcière des mers, qui lui propose un marché : en lui donnant sa voix magnifique, elle aura le privilège d'avoir une paire de jambes pour rejoindre son bien-aimé. Le prince tombe amoureux d'Ariel, mais hésite à l'épouser car il songe à la jeune fille vue sur la plage l'autre jour. Ariel ne peut plus parler pour lui expliquer que c'était elle. On propose alors au prince d'aller rencontrer la fille d'un roi. Quelle est sa surprise quand il découvre que c'est celle qu'il pense être sa sauveuse ! Il l'épouse immédiatement. 
Les soeurs d'Ariel se présentent alors à elle et lui offrent un couteau. Si elle poignarde le prince avec, elle redeviendra une sirène. Sinon, elle disparaîtra à jamais.

Et voici donc maintenant ma version :

La Petite Sirène

Je tenais entre mes mains le pouvoir de retrouver les miens, de tirer un dernier trait sur l’homme que j’aimais. Ce couteau de nacre était le dernier lien à ma vie sous-marine. Il suffisait d’un seul geste. Léger, vif, précis. C’était pourtant si simple. Mais seulement l’idée de ce geste définitif me paralysait. L’accomplir allait être une épreuve.

Je marchais sur la plage, perchée en haut de mes nouvelles jambes pantelantes. Elles ne faisaient plus partie de moi, je me forçais à le penser. Pour cet homme, j’avais tout sacrifié. Ma famille, ma voix si belle, et ma queue de sirène, ce qui faisait de moi une femme particulière. À présent je n’en étais qu’une parmi des milliers, muette, impuissante. Je regrettais tant… Le tuer ne devait pas être si difficile. Il suffisait de songer à toute la rage que j’éprouvais en ce moment-même, et tout s’arrangerait.

Ils étaient là, allongés sur le sable, dormant au clair de lune. Un demi-sourire éclaircissait leur visage. Lui, plus beau que jamais, évidemment. Elle, moins belle que je ne l’aurais pensé. C’était elle qui m’avait causé tous ces ennuis. Elle avec qui le prince m’avait confondue. Ce devrait être elle, la victime. Je serrai le couteau dans ma main. J’avançai silencieusement près de mon prince. Je titubai, n’ayant pas l’habitude de ces deux longs bouts de chair, d’os et de muscles qu’étaient mes jambes. Je brandis le couteau. Je pensai à tout ce que j’avais perdu par amour. Sentiment stupide, qui fascine ou effraie, mais ne laisse jamais indifférent. Je contemplai son doux visage, celui qui m’avait fait chavirer, tel son bateau, le jour de la tempête qui avait bouleversé ma vie. Je ne pouvais pas me résoudre à le tuer. Malgré toutes mes souffrances, je ne pouvais pas le faire, c’était hors de ma portée. Je reculai et longeai la mer, comme un pantin désarticulé. Sur mes joues coulaient des larmes d’eau salée. Je laissai le couteau se faire emporter par les flots, et je me retrouvai face à l’horizon, face au soleil qui entamait sa montée dans le ciel.

Je songeai aux prochaines minutes, qui me promettaient d’être réduite en cendres ou en je ne sais quoi. Il ne me restait alors plus qu’une seule chose à faire : me jeter à l’eau, pour retrouver, avant ma mort, mon élément naturel.

Ma plongée dans l’eau m’a fait l’effet d’une attaque à l’acide. J’eus l’impression que tout mon corps se désintégrait, s’effritait, se dissolvait comme du sucre dans l’eau. Je n’avais même plus l’impression d’exister. J’osai alors ouvrir les yeux et compris que cela n’était pas qu’une impression. Je vis ma main se dissoudre peu à peu, ma peau se fractionner, pour ne devenir plus qu’un semblant de poussière. Je reconnus de l’écume. La douleur ne se ressentait même plus. J’étais la mer, je n’étais plus Ariel, plus de sirène, plus d’humaine, je n’étais rien. Rien d’autre que de l’écume de mer, destinée à voguer où l’on le lui dirait, dépendante éternelle de la volonté des vagues. Voilà à quoi m’avait mené le prince, à disparaître complètement. J’avais été muette, à présent j’étais invisible.

Puis le vent a soufflé, et j’ai senti chaque ancienne partie de mon corps s’envoler pour devenir de l’air. Mon statut n’avait pas changé : toujours invisible, inexistante, impuissante. Mais au-dessus de tout. Libre, légère, je volais par-delà les mers, respirant l’air salé et faisant voler les cerfs-volants des enfants. Jouant avec les cheveux des amantes et les chemises des amants, je n’étais plus que le miroir de ce que j’étais pour Eric : inconnue, insignifiante.

 


 


 

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