Blanche-Neige

Et voici le 4ème et dernier Règlement de contes :) Ce n'est pas celui que j'ai eu le plus de plaisir à écrire, mais c'était... amusant, disons ! x) C'est une expérience, comme "Coordination". Je n'en dis pas plus ... bonne lecture ! :D

Blanche-Neige

blanche-neige.png

Toute la presse ne faisait que de parler d’elle et de ses caprices de star. Pas de quoi fouetter un chat, pourtant. La belle n’était qu’une riche héritière, présente à toutes les soirées chics de la ville, toujours habillée à la dernière mode, aux derniers ouvrages de la haute couture. À son cou et ses poignets brillaient les pierres les plus éclatantes, les diamants les plus délicats. Il était vrai qu’elle était une très, très belle femme. Elle était d’une élégance extrême, contrairement à certaines autres cibles des journaux people. Les plus belles femmes du monde n’avaient rien à lui envier. Elle en faisait partie, assurément. Elle le savait, et en jouait.
La jeune femme, bien qu’héritière d’une fortune colossale, ne se reposait pas sur ses lauriers. Elle était rédactrice dans un magazine féminin, mais était surtout connue pour ses dons de comédienne. Dans chaque discipline, son nom de scène, ou de plume, était « Blanche-Neige ». Ce surnom lui avait été attribué selon son teint de porcelaine, d’un blanc nacré, qui était l’un des atouts majeurs de la jeune femme, tout comme sa bouche rouge vif et ses cheveux noir d’ébène.
Sa beauté et sa notoriété éveillaient bien sûr, en dehors de nombreuses éloges, tout autant de critiques, de jalousies, de haines. Les langues de vipères aimaient cracher leur venin sur elle, alors qu’elle était au fond une femme très respectable. Elle avait cependant un défaut majeur. La vanité. Elle éprouvait un tel amour pour elle-même ! Blanche-Neige, dès qu’elle le pouvait, vantait ses mérites, soulignait ses atouts physiques, rappelait le nombre de millions qu’elle possédait. Une chose était sûre, elle ne passait pas inaperçue. Tout le monde la connaissait ; elle énervait ou elle fascinait.
Malgré sa mégalomanie, elle ne s’entourait pas de gardes du corps, sauf pour les grands événements. Mais un soir, sa vie bascula, et se transforma à jamais.
Il était tard, quand Blanche-Neige se rendit compte que son paquet de cigarettes était vide. Extrêmement dépendante à la nicotine, elle quitta son domicile et se rendit au magasin de tabac le plus proche. Elle acheta plusieurs paquets puis retourna chez elle. Elle passa par une allée non éclairée et entendit un bruit étrange. Elle s’arrêta, voulant vérifier si ce n’étaient pas ses talons qui produisaient ce son. Pendant un moment, elle n’entendit plus rien. Elle recommença à marcher mais le bruit persistait. Son cœur se mit à cogner contre sa poitrine. Elle s’alluma une cigarette pour se détendre et en tira quelques bouffées. Blanche-Neige accéléra légèrement le pas. Son talon buta contre le bout d’un trottoir et elle manqua de tomber. Le temps de reprendre ses esprits, elle sentit quelque chose lui enserrer la gorge. Violemment, on la relâcha et elle se retrouva face à deux silhouettes masculines imposantes, noyées dans la pénombre. L’un d’eux brandit alors une sorte de bidon et Blanche-Neige ressentit alors une douleur cuisante, acide, la pire chose qu’elle eût ressentie de toute sa vie. Et puis, plus rien.
Plus rien, jusqu’à un réveil dans une salle lumineuse, qu’elle n’avait jamais vue auparavant.
Des têtes étaient penchées au-dessus d’elle. Des masques leur couvraient le visage. Leurs yeux exprimaient un air inquiet, compatissant et rassuré à la fois. Très faible, Blanche-Neige parvint à articuler :

- Que m’est-il arrivé ?

Prononcer ces simples mots lui était extrêmement douloureux. On lui apprit qu’elle avait été défigurée au vitriol, par des bandits jalousant sa richesse, et voulant lui prouver que sans son physique, elle ne serait rien. Ils avaient visé juste. Elle, défigurée ?! C’était inconcevable. Elle qui se vantait si souvent d’avoir les plus beaux traits du monde, qui était réputée pour être l’une des plus belles femmes du monde… Perdre son visage… La pire leçon que l’on pouvait lui donner. Elle voulut pleurer, mais le simple fait d’ouvrir ou de fermer les yeux lui brûlait tout le visage.

- Faites attention ! Votre peau est très fragile. Essayez de ne pas bouger le visage pendant trois jours. Vous serez nourrie par intraveineuse.

C’était le début de la chute de la notoriété de Blanche-Neige, ainsi que de sa santé mentale. Des mois après son agression, elle sombra dans la dépression, pleurant des larmes de démence, jour et nuit. Elle se postait souvent devant son miroir, observant son visage déformé, sans symétrie, plein de défauts.

- Miroir… mon beau miroir… qu’as-tu fait de moi ?

Et elle donnait des coups de poings, des myriades de coups de poings, tentant de briser cette glace entre son passé et son présent.
Plus personne n’entendait parler de Blanche-Neige. Le magazine avait recruté une nouvelle rédactrice, les réalisateurs ne se l’arrachaient plus. Elle sombrait, dans un profond sommeil. Aucun homme ne la désirait plus, elle avait été remplacée par les autres beautés du monde. Ce style de vie ne convenait pas à Blanche-Neige. En perdant ses attraits, elle avait tout perdu.
« Alors à quoi me sert-il encore de vivre ? » pensa-t-elle un jour.
Elle se rendit chez un pharmacien privé.

- Je cherche un poison très puissant. Effet immédiat.
- Enfin, je ne peux pas vous vendre ceci. C’est illégal.
- Je vous donne tout mon argent, s’il le faut. Je n’en ai plus besoin. Vous savez qui je suis ?
- Je ne crois pas…
- Blanche-Neige. Je suis Blanche-Neige, celle qui vous a sans doute fait tourner la tête, il y a à peine quelques mois ! Celle qui avait tout pour elle, mais qui l’a perdu. Alors donnez-moi ce poison.

Désemparé, le pharmacien se retira dans l’arrière-boutique. Il revint avec une boîte ronde contenant de la poudre.

- C’est… c’est un poison découvert il y a très peu de temps. C’est le plus efficace… Et le plus… irrésistible. Sentez.

Il ouvrit la boîte et un parfum entêtant de pomme s’en échappa. Blanche-Neige n’eut qu’une envie, avaler tout le contenu de la boîte, tant cette odeur était délicieuse. Elle avait l’impression de renaître, de retrouver sa notoriété, son visage…

- Je le prends. Ne vous inquiétez pas. J’imagine que c’est dur pour vous d’être complice d’un … meurtre. Mais imaginez, vous, tous ces milliards que vous allez acquérir grâce à cette simple petite boîte, dit-elle, un sourire dément aux lèvres.

Rentrée chez elle, Blanche-Neige ouvrit la boîte. Ce parfum… Il était attrayant, délicieux… Elle se servit un verre de jus de pomme, versa tout le contenu de la boîte dans son verre. Le breuvage semblait si savoureux. Elle huma son verre et se sentit emplie de toutes les joies du monde.
Alors elle but. Et disparut à jamais.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×