Alice

Le 2ème Règlement de contes est celui de Alice au pays des merveilles, rebaptisé Alice pour l'occasion x) Celui-ci n'est pas du tout construit comme le précédent. Là, on change complètement d'univers. Cela se déroule à notre époque, premièrement. Et je n'ai pas décrit un passage du conte, j'ai comme récrit l'histoire. Bien sûr je ne prétends pas avoir le génie de Caroll, c'est simplement ma version :3 J'espère que je n'ai pas fait s'écrouler le mythe! XD Alice est une oeuvre vraiment, mais alors vraiment, géniale. Absurde, psychédélique, écrite très intelligemment. C'est juste merveilleux :) 

Alice

 

 

Elle pousse la porte du cabinet du Dr Sylvilagus, vieil homme au monocle et au cheveu blanc. À chaque fois, elle prend peur en le voyant. Son visage aux traits lapinesques et son air constamment fébrile bouleversent encore plus la jeune femme. Son esprit transforme la réalité, et elle a de la peine à la dissocier de la fiction. Ainsi, son psychiatre est-il un lapin ? Un mignon petit lapin blanc, ou un vieil homme nerveux ? Chaque rencontre avec le médecin provoque un premier élan de stress dans la poitrine de la jeune femme, ne comprenant pas ce qu’elle a devant les yeux.

- Calmez-vous, Mlle Liddell, calmez-vous. Asseyez-vous.

La voix du docteur l’apaise. Elle s’installe, elle inspire, elle expire. Sa tête lui tourne, son cœur cogne contre sa poitrine. Elle redécouvre le cabinet comme à la première fois. Les tableaux, la théière, le jeu de cartes, tout lui rappelle étrangement quelque chose, mais elle ne saurait dire quoi. Elle entremêle les pans de sa vieille robe, celle qu’elle porte tous les jours. Sale, déchirée de toutes parts, en lambeaux, elle reflète son esprit. Elle ne s’en sépare pas, elle la garde auprès d’elle, comme les poupées de chiffon de l’enfance. Le Dr Sylvilagus prend sa main, froide, presque morte. Il l’observe de ses petits yeux lagomorphes. Sa narine droite remonte vivement, tic caractérisant le docteur. Il sort alors un pendule, et le suspend devant les yeux exorbités de Liddell. Le cœur de celle-ci s’emballe. Elle sert les bras de son fauteuil, elle hurle à la mort, mais ses yeux ne quittent pas le balancier. 

- Je vais être en retard ! s’époumone-t-elle.

Le médecin la calme, mais ses cris reprennent. Le spectacle est affreux, elle a l’air possédée. Elle est parcourue de soubresauts, soulevant le fauteuil du sol à plusieurs reprises. Le docteur reste impassible et poursuit le mouvement de balancier. Elle finit par éternuer.

- Du poivre ! Enlevez-moi ce poivre ! 

Le Dr Sylvilagus arrête alors le pendule et le range dans sa veste. Liddell est exténuée, elle ahane, comme si elle portait tout le poids du monde sur ses épaules. Ses ongles s’enfoncent dans son crâne, ses dents mordent sa lèvre inférieure. 

- Expliquez-moi ce que vous voyez, demande le docteur.
- Qui a volé mes tartes ? Dites-moi qui a dérobé mes tartes ! s’écrie-t-elle.
- Je ne sais pas… Le Chapelier ?
- Qui est-ce ? Je ne connais pas de chapelier… 
- Vous m’en avez parlé la semaine dernière, pourtant.

La jeune femme pousse alors un cri. Ses muscles se crispent, ses jambes se croisent.

- J’ai l’impression que je fais une chute sans fin. Dans mon esprit. Ou dans une grotte. Je ne sais pas trop. Toute la salle danse autour de moi ! On dirait que les objets volent !

Dans le fond de la salle, une porte s’ouvre. Un petit chat se faufile entre les longues jambes d’une sublime jeune femme. Elle s’approche du docteur, la bouche en cœur, les cheveux roux flamboyant. Elle lui donne un paquet de feuilles, lui parle à voix basse, puis prend la direction de la porte.

- Non ! Pitié ! Epargnez-moi ! s’exclame alors Liddell.

La jeune femme rousse se retourne, surprise, effrayée. Elle regarde le docteur, appelant à l’aide. Il lui adresse un regard rassurant. Liddell s’enfonce au plus profond de son fauteuil, cherchant à échapper à la secrétaire.

- Elle veut… elle veut… elle veut me couper la tête ! Je perds la tête ! hurle-t-elle.

La secrétaire essaie de garder son calme, puis quitte la pièce, se retenant de la traiter de folle. Le Dr Sylvilagus l’avait prévenue, des mois plus tôt, à ne pas rappeler leur cas à ses patients.
Le chat est resté dans la pièce. Il se frotte aux jambes du docteur, au bas du fauteuil de la jeune femme. Elle le regarde et lui adresse un sourire éclatant. Son premier sourire, son premier vrai sourire, depuis qu’elle a sombré dans la folie. Un sourire qui n’avait rien de dément. Un vrai, un frais, un naturel, tout simplement. 

- Vous avez vu ? demanda-t-elle en se tournant vers le psychiatre. Il me sourit ! 
- Je crois que Dinah a une excellente influence sur vous, Mlle Liddell, dit le docteur en griffonnant sur un calepin. 
- C’est l’heure du thé ! crie-t-elle soudain. Je voudrais du thé ! 
- En êtes-vous sûre ? Il y en a, bien sûr.
- Non. J’aimerais jouer au croquet. Enlevez-moi ce chat ! On dirait un cochon. Qu’il est laid !

Le Dr Sylvilagus se lève alors, prend délicatement le chat entre ses mains, et l’emmène hors de la pièce. 

- Vous savez, des fois, j’ai l’impression d’être au-dessus de tout, que le monde n’est que fourmis, et que je les dépasse tous. Et parfois, j’ai l’impression d’être engloutie, dans une mare de larmes, tout tourne autour de moi. Comme une longue course après rien, après la montre… 

Le docteur ne dit rien. Il ne fait qu’écrire, écrire. La jeune femme se lève et se place face au miroir. Elle caresse sa surface lisse, l’air pensif. 

- J’aimerais savoir ce qu’il y a de l’autre côté du miroir. Est-ce que c’est là qu’est ma place ? Je veux savoir. Pourquoi ne suis-je pas à ma place ici ? 
- Mais vous l’êtes parfaitement, Mlle Liddell. 
- Oui, vous avez raison. 

La jeune femme marche encore, elle va vers la table. Elle ouvre la théière et a un mouvement de recul. Le psychiatre pense que la vapeur l’a brûlée, mais elle s’écrie :

- Mon dieu ! Faites attention quand vous faites du thé… Un loir s’est caché dans la théière !

Elle referme la théière puis va à la fenêtre. Elle rêve un moment, puis retourne à son fauteuil. 

- C’est drôle. Il y a une chenille qui fume le calumet. Vous me croyez ?
- Possible. 
- Dites… pourquoi est-ce que votre bureau ressemble à un corbeau ?
- C’est une excellente question.

Un long silence s’installe. Puis la jeune femme replonge dans sa folie. Elle reprend son manège, plante ses ongles dans son crâne, crie qu’elle va être en retard. Le Dr Sylvilagus décide alors de la faire se lever, et la raccompagne à la porte. 

- À la semaine prochaine, Mlle Liddell.

La porte claque. La voilà à nouveau livrée à elle-même, lâchée dans cet univers qui l’oppresse, l’engloutit peu à peu, ce Wonderland psychédélique où elle ne sait plus discerner vrai et faux. Reine de cœur, as de pique, valet de trèfle, roi de carreau, elle est perdue dans ce jeu de cartes, entend des voix, voit défiler dodos, loris, aiglons, griffons et simili-tortues… Interminable « Course au Caucus » au milieu du labyrinthe urbain.

Cela faisait longtemps qu’Alice Liddell avait basculé de l’autre côté du miroir. Tel un Jabberwocky, la folie s’était installée dans son cerveau et s’accrochait, tel un parasite, à l’esprit de la jeune femme. La vie ne se résumait plus à de simples indications telles que « mange-moi », « bois-moi ». À présent, tout était dans les nuances, la subtilité. Bien sûr, avoir des hallucinations hystériques n’était pas facile à vivre, mais Alice avait son propre monde, entre rêve et cauchemar, entre jeu et sérieux. 

Échec et mat.

« Si l'on boit une bonne partie du contenu d'une bouteille portant l'étiquette : poison, ça ne manque presque jamais, tôt ou tard, d'être mauvais pour la santé. »

Petites explications : Sylvilagus est un des noms latins du lapin :3
J'ai mélangé les deux chats : celui du Cheshire et Dinah. Alice a l'impression que le chat sourit, donc on a le chat du Cheshire, mais j'ai aussi décidé que le docteur avait appelé son chat Dinah, histoire de parler des deux petits chats du livre ^^ 

 

Petite excuse: Vraiment, vraiment désolée pour la fin qui est très, très nulle à mon goût. Je ne savais pas comment finir l'OS, alors... j'ai galéré ! xD

 

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