Nouveau Visage

Et voilààààà ! Nouveau Visage, pour vous servir x) J'espère que cet OS vous plaira. 

Nouveau visage

« J’ai eu longtemps un visage inutile, mais maintenant j’ai un visage pour être aimé, j’ai un visage pour être heureux. »
Paul Eluard.

***

J’avais tué Diane depuis 2 mois exactement. Ca s’était passé très rapidement. Sans aucune préméditation.

C’était une femme que j’aimais depuis plusieurs années, et elle le savait. Si elle avait daigné m’aimer, sans doute serait-elle encore en vie. Mais un jour, j’en ai eu assez de brûler d’amour pour elle, et je suis allé la voir. Elle m’a ouvert la porte, je n’en croyais pas mes yeux. J’ai cru qu’elle allait me demander de partir, hurler, alerter la police, les voisins, bref, tout ce qui aurait pu me foutre dans un pétrin pas possible. Mais non, elle m’a ouvert. On a parlé pendant plusieurs heures, sans vraiment évoquer le sujet qui fâchait. Je croyais que je l’avais séduite, elle semblait sous le charme, j’étais sûr qu’elle m’aimait, Diane ! Alors je me suis approché d’elle. Et elle m’a repoussé. Je ne comprenais pas, moi qui croyais…

Alors je n’ai pu me retenir. Ayant de grandes mains, la tâche était facile. Mes doigts ont enserré son cou, comme un étau, et une lumière s’est éteinte au fond de ses yeux. Je ne savais plus tellement ce que je ressentais, j’étais comme choqué – ou charmé – par la vue de son corps inerte. Pourtant, j’étais parfaitement sain d’esprit, je savais ce que je faisais. J’assumais parfaitement mon geste. J’ai quitté cet appartement devenu théâtre de la tragédie de mon amour pour elle et suis rentré chez moi, comme si de rien était.

Depuis ce jour, je n’ai pu retenir mes pulsions meurtrières envers ces femmes qui osaient lui ressembler. C’était comme si ça leur plaisait d’être aussi belle que Diane ! Leurs yeux semi-clairs, leurs cheveux noirs, leur maquillage sombre, leur rouge à lèvres rouge vif… Toutes ces femmes qui lui ressemblaient, je leur réservais le même sort qu’à Diane. Il me suffisait d’une semaine pour comprendre leurs routines, et, un soir, je me plaçais au détour d’une rue qu’elles empruntaient souvent et mes mains s’enroulaient autour de leur cou si fin, me rappelant celui de la première et seule femme que j’ai aimée.

J’étais devenu célèbre. Sept femmes tuées dans un laps de temps très court, qui de plus, se ressemblaient beaucoup les unes les autres, ça paraissait louche. La police en avait déduit que c’était bel et bien une seule personne qui avait commis ces crimes. Qualifié de dangereux psychopathe, je n’ai pourtant pas changé mes habitudes. Je continuais à mener la vie normale et innocente du jeune homme de 29 ans à peine, Erwan Myre.

***

La larme qui coula de mon œil droit ne put affecter quelque mascara, puisque je n’en mettais jamais. Me regarder dans le miroir était devenu un supplice, une véritable torture pour mon esprit. Et ce corps, ce corps ! Je n’en pouvais plus de ce corps ! Il fallait que ça change, et au plus vite.

Je quittai ma salle de bains afin de ne plus voir ce qui me rappelait ce que j’étais. La table du salon était jonchée de lettres. Et toute cette paperasse qu’il fallait régler, alors que je devais m’occuper de moi ! Mon cas était bien plus important que toutes ces lettres au nom de Mélissa Sefrani. Dans tout le tas de courrier se trouvait le journal des dernières nouvelles. Pour me changer les idées, je le pris et me laissa tomber sur le sofa.

La une était plutôt macabre, ce qui ne me remonta pas le moral. « Une femme retrouvée étranglée au coin de la rue de Mars ». Ô joie. On consacrait une double page à ce fait-divers, ce qui éveilla ma curiosité. Il y a un peu plus d’une semaine, un meurtre similaire s’était passé, me semblait-il.

Quand j’eus la double page sous les yeux, une idée me traversa aussitôt la tête. En effet, 7 photos de femmes étaient affichées, et toutes semblaient copiées sur le même modèle. Le modèle en question était la femme dont la photo était la plus grande, en haut à gauche de la page. Je lus l’article en entier… Ainsi, quelqu’un aurait premièrement tué cette femme puis toutes celles lui ressemblant… Et tous ces meurtres se déroulaient à deux pas de chez moi. Il y avait de quoi s’inquiéter, c’est vrai. Mais revenons à l’idée fulgurante que j’avais eue.

Ces femmes… il fallait que je leur ressemble ! Cela arrangerait mon cas d’une manière beaucoup plus efficace que prévu ! Elles étaient belles, très belles. Ca n’allait pas être facile de leur ressembler… Mais une fois ma transformation achevée, je me sentirais enfin mieux.

J’attrapai la paire de ciseaux restée sur la table depuis ce matin – j’aurais voulu l’utiliser mais le facteur avait sonné à ce moment-là – et découpai les photos du journal. Bien… Cheveux noirs très sombres, maquillage sombre, rouge à lèvres rouge vif…

***

Depuis quelques temps, je n’avais pas croisé de femme aussi belle que Diane. Mes mains ne souffraient plus d’avoir trop forcé sur leurs petits cous fragiles, et mon cœur ne battait plus à tout rompre, ce qui ne me déplaisait pas. J’avais repris ma vraie vie normale, calme, sans émotions fortes.

Et puis il y a eu elle. Apparemment une nouvelle dans le quartier. Sans doute même, parce que si je l’avais vue avant, elle aurait été ma seconde victime. Aussitôt que je l’ai vue, j’ai ressenti au fond de mon cœur un sentiment encore jamais exploré… Quelque chose de beaucoup trop fort. Mes poings se sont serrés. Il fallait la tuer ! Il fallait la tuer !

Je l’ai suivie durant une semaine, et, comme à mon habitude, j’ai tout de suite put voir quels étaient ses horaires. Pour elle, c’était plus facile qu’avec les autres ; elle ne bossait qu’à mi-temps. Je n’aurais pas à attendre trop longtemps.

***

Je n’ai compris qu’au sixième jour qu’il me suivait. Et au sixième jour, c’était trop tard pour s’en sortir.

Alors, dimanche soir, j’ai fini ma lettre et je suis allée me coucher, contente de m’être débarrassée de la paperasse.

***

19h00. Elle allait bientôt passer devant moi. Je l’aurais sous mes yeux. Je l’aurais entre mes mains.

***

19h00. J’avais reçu encore quelques compliments sur mon nouveau look. Aujourd’hui, je me sentais mieux que jamais. Enfin bien. Bien dans ma peau. Je savais l’avenir que j’aurais.

***

Elle a tourné rue de la Mélusine. Terré dans l’ombre, j’attendais.

***

J’ai tourné rue de la Mélusine. À découvert, je souriais.

***

J’ai entendu ses pas approcher, et quand elle m’eut dépassé, j’ai bondi, l’ai entraînée avec moi, là où je me cachais il y a quelques secondes. Son regard trahissait une émotion intense, mais différente de celle de mes 7 anciennes victimes. Quelque chose de nouveau s’animait en elle.

***

Je me suis sentie happée par des mains puissantes et entraînée plus loin. Et puis j’ai vu son visage. Ses yeux sombres étaient plongés dans les miens, qui s’agrandissaient de plus en plus. Mon cœur battait la chamade… J’ai souri. J’ai eu le temps de voir ses cheveux noirs un peu trop longs et son bouc tout aussi sombre une dernière fois. Et puis plus rien. Rideau.

***

L’appartement de Mélissa Sefrani fut envahi par les policiers dès le lendemain, après la découverte de son cadavre souriant rue de la Mélusine. On trouva d’abord les photos découpées du journal.

–        Je pense que la victime se sentait visée. Après tout, elle a le profil de ces sept femmes. Nous avons à faire un vrai maniaque, dit l’un des enquêteurs.

Les appels aux parents de la victime n’aboutirent à rien. Ils n’avaient plus de contact avec leur fille depuis plusieurs mois. Visiblement, la jeune Sefrani n’avait pas beaucoup d’amis proches. Ses collègues ne crurent pas utile de mentionner son changement d’apparence récent.

Et puis on trouva cette lettre, dans la table de chevet de Mélissa.

«  Papa, Maman,

Cette lettre, honnêtement, je ne sais pas pourquoi je vous l’envoie. Mais ces jours-ci, ça n’allait pas fort. Ce corps m’était devenu insupportable, il fallait améliorer la situation. Et quand j’ai vu ces filles, j’ai compris ce qu’il me restait à faire. Leur ressembler. En effet, à l’heure qu’il est, mon destin est scellé. N’ayant pas eu la force de le faire moi-même, j’ai laissé faire le professionnel. Vous verrez le résultat prochainement.

Adieu,

Mélissa. »

Au moment où le commandant Mohrain finissait de lire la lettre, on lui indiqua qu’on avait retrouvé une boîte de teinture dans la poubelle de la victime. Des fouilles plus approfondies, par la suite, confirmèrent que, il y a encore deux semaines, Mélissa Sefrani était châtain clair.

–        Hé bien,  Guérand, dit le commandant Mohrain à l’un de ses collègues, nous avons un cas complexe… On pourrait croire que Mélissa Sefrani était superficielle et souffrait d’être soi-disant trop grosse ou trop laide mais… Notre victime était suicidaire et n’avait pas le cran de se donner la mort. Elle s’est alors fait ressembler aux cibles du tueur en série et a attendu qu’il la trouve. Je ne sais comment qualifier ça… Mais c’est la première fois que je rencontre une femme aussi attachée à la mort. 

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