La Muse

Le mois du juillet touchant quasiment à sa fin, je décide de partager avec vous mon OS : La Muse ! Je vous le rappelle, il a été écrit dans le cadre d'un concours sur Antonio Salieri. Je vous laisse donc découvrir les sombres pensées de mon compositieur favori ! :3

Antonio Salieri contemplait le lit nuptial d’un air à la fois gêné et attendri. Theresa était vraiment une très belle femme. Elle était désirée de beaucoup d’hommes, mais inaccessible. Antonio la savait fidèle… plus que fidèle. Et lui, il ne l’aimait même pas. Elle avait beau être l’épouse dont tous rêvaient, rien n’y faisait. Il savait aussi que certains seraient prêts à le tuer pour l’avoir auprès d’eux, mais il ne pouvait pas se forcer à l’aimer ! C’était un sentiment tellement… aléatoire… Il ne comprenait d’ailleurs pas pourquoi Theresa s’était éprise de lui. Il y en avait tant d’autres, qui sauraient la rendre heureuse. Il ne la méritait pas. Il avait « accepté » de l’épouser, parce qu’il se savait chanceux, et qu’il ne voulait pas blesser une femme si parfaite. Alors, sans éprouver le moindre sentiment envers elle, il avait pu l’embrasser, partager sa couche, et bien plus encore. C’était peut-être jugé facile… mais il ne profitait même pas de sa situation. Surtout en ce moment… Depuis que ce Wolfgang Amadeus Mozart était arrivé à Vienne. Salieri voyait bien que l’Empereur adorait sa musique… Il voyait tout aussi bien qu’il n’allait pas tarder à prendre sa place s’il ne se réveillait pas. Salieri se devait de créer quelque chose de nouveau, révolutionnaire… quelque chose qui marquerait le peuple viennois plus, ou autant que la musique de Mozart. Seulement voilà... Le problème majeur du compositeur italien, c’était qu’il vénérait les musiques de son rival autrichien. Elles semblaient être tout droit descendues des cieux. Cette musique était divine, et Salieri ne voyait strictement pas comment faire mieux que ça. Ce serait presque une injure au Ciel que d’essayer de la dépasser. Il le fallait, pourtant. Sinon, le peuple viennois pouvait déjà faire ses adieux à Antonio Salieri.
À la lueur d’une chandelle, il était assis à son piano depuis plusieurs heures, et traçait des notes sur sa partition. En vain. Il essaya de jouer ce qu’il venait de composer, mais il n’était toujours pas convaincu. Connaissant par cœur la mélodie de Mozart qu’il avait entendue quelques jours plus tôt, il la joua, très doucement pour ne pas réveiller son épouse.

- Joue plus fort, s’il te plaît.

Salieri se raidit. Il s’arrêta de jouer, comme honteux de ce qu’il venait de faire. Il était en train de jouer la musique d’un autre ! Et pas de n’importe quel autre… Il s’agissait bien de celle de Wolfgang Mozart.

- Je t’ai réveillée ? Je…
- Ne t’en fais pas, Antonio. Cette musique est si belle, si pure… Je me plais à l’écouter.
- Je n’en suis pas l’auteur, Theresa, et…
- Chut.

Salieri la vit se redresser dans le lit. Les draps couvraient sa peau pâle, qui contrastait avec ses longs cheveux noirs. Elle était belle, même sortie du sommeil. Elle se leva et alla le rejoindre derrière le piano, les draps l’habillant toujours. Theresa passa ses bras autour du cou de son mari.

- Peu m’importe s’il s’agit de ta musique ou de celle d’un autre. C’est toi qui la joue. C’est tout ce qui compte.

À ce moment-ci, Salieri lui-même ne comprit pas pourquoi il ne ressentait rien pour elle. Theresa lui souhaita bonne nuit en murmurant à son oreille, déposa un baiser au creux de son cou et alla se recoucher. Il ferma les yeux, perdu dans ses pensées. Il ne savait pas quoi faire. Autant sur le moment présent qu’à l’avenir. Puis son instinct lui dicta de jouer. Seulement jouer.
La mélodie enivrait ses sens, il l’aimait trop. Une heure plus tard, après avoir rejoué plusieurs fois le morceau, il s’arrêta.

- Continue, s’il te plaît.

Une fois de plus, Salieri se raidit. Il ne connaissait pas cette voix. C’était une voix féminine, assez grave, mais très attirante. Il sentit des doigts fins se poser sur ses épaules. Un murmure s’éleva à ses oreilles.

- Je sais que ce n’est pas ta musique.

Salieri ne comprenait plus rien. Il se retourna et découvrit une jeune femme qui semblait luire dans l’obscurité. Elle était d’une beauté extraordinaire. Ses cheveux argentés tombaient à ses hanches et ses yeux gris le fixaient, pleins d’émotion. Elle avait une petite bouche fine, aux lèvres brillantes et lisses. Elle portait des vêtements fins, légers, et avait une sorte de chapeau sur la tête, assez étrange, mais sûrement pas ridicule. Salieri tremblait. Qui était-elle ? Que faisait-elle là ? Il se leva brusquement, faisant racler le tabouret de piano sur le sol. Il pria silencieusement pour que cela ne réveille pas Theresa. La jeune femme, qui devait avoir 10 à 15 ans de moins que lui, posait déjà ses mains sur son torse. Il la repoussa, tout en se demandant bien ce qui attirait toutes ces femmes auprès de lui, en ce moment. Elle lui adressa un regard de braise, qui le désempara. Il ne savait même pas comment cette sublime créature était entrée chez lui !

- Qui es-tu ? Que me veux-tu ? demanda-t-il.
- Je veux que tu joues. Tu le fais si bien. Mais je veux aussi entendre ta musique. Pas celle d’un autre. L’autre ne m’intéresse pas.

Elle s’approcha un peu plus de lui.

- C’est toi que je veux.
- Ecoute… je n’aime déjà pas ma propre épouse, alors comment…

L’inconnue posa un doigt sur les lèvres du compositeur.

- Il n’a jamais été question de ça, dit-elle en caressant les lèvres de Salieri avec son index. Je passerai tous les jours à trois heures pour t’entendre jouer. Theresa n’est pas là à cette heure-ci, non ? Très bien.

Elle posa délicatement deux doigts sur les paupières de Salieri et les ferma. Quand il rouvrit les yeux, elle avait disparu. Antonio Salieri était déboussolé. N’était-ce qu’un rêve ? Quoiqu’il en fût, il alla rejoindre sa compagne et s’endormit.
Le lendemain, aux alentours de deux heures et demie, Theresa Salieri quitta le domicile conjugal. Antonio savait ce que cela signifiait… S’il avait rêvé, il allait rester seul, ce qui lui plaisait beaucoup. En revanche, si tout ce qui s’était produit la veille était réel, une jeune femme à la beauté alarmante allait arriver chez lui, et cette idée l’effrayait quelque peu. Il décida cela dit que tout ceci ne devait pas l’empêcher de travailler, et il se mit aussitôt à tenter de créer de nouvelles mélodies.
Il entendit les trois heures sonner dans la chapelle impériale. Un nœud se forma au creux de son ventre, mais il ne se déconcentra pas. Il essaya sa nouvelle mélodie à son piano, mais n’était toujours pas séduit par ce qu’il faisait. Il se prit la tête entre les mains et soupira.

- Moi, j’ai trouvé ça très bien.

Antonio Salieri releva lentement la tête. Revoilà l’inconnue de la veille, assise sur le piano, à le regarder avec ses grands yeux clairs. Elle se pencha vers lui, lui prit le menton et lui dit :

- Je veux que tu composes une mélodie pour moi.

Comment résister face à un tel être ?

- J’aimerais juste savoir qui tu es.
- Je suis ta Muse. Tu n’as pas besoin d’en savoir plus.

Plusieurs semaines passèrent, où Salieri se tuait à la tâche à composer une musique à la fois pour elle, pour sa Muse, et pour remonter dans l’estime du public viennois. Il se sentait toujours aussi faible, aussi invisible comparé au maître Mozart, mais à cette impression d’infériorité s’était ajouté autre chose : il était amoureux de la jeune femme. Il avait mis du temps à se l’avouer, lui qui avait toujours été incapable d’aimer, mais il fallait se rendre à l’évidence. Cette gamine capricieuse mais cruellement belle ne le laissait sûrement pas indifférent. Elle le torturait chaque jour, en faisant mine de le séduire mais, comme à leur première rencontre, lui rappelant qu’il ne serait jamais question de ça entre eux. Il se trouva que Theresa dût s’absenter pendant deux nuits, à cause d’un voyage avec son père à Paris. Son absence rendit fou Salieri, qui se doutait bien qu’il allait recevoir une visite supplémentaire de sa Muse, le soir venu. Il ne s’était pas trompé. Le ciel s’éteignait peu à peu quand il sentit une main glisser de son épaule à son torse, alors qu’il jouait au piano. Calmement, il la saisit et la repoussa. La Muse alla s’asseoir, comme à son habitude, sur le piano et l’écouta jouer. Antonio Salieri faisait tout pour la regarder le moins possible. À un moment, il leva les yeux, et remarqua qu’elle avait disparu. Elle n’était pas non plus derrière lui. Affolé, il s’arrêta de jouer et se mit à la chercher. Il la trouva, allongée sur le lit nuptial, le fixant. Salieri baissa le regard et secoua la tête.

- Tu ne devrais pas faire ça. C’est trop attrayant pour un homme aussi faible que moi.
- Je ne pense pas que tu sois faible, dit-elle. Viens.

Il hésita… Et finit par se dire qu’il devait le faire. Il l’avait fait avec une femme pour qui il n’éprouvait rien. Alors que là… elle l’y invitait, et il l’aimait. C’était idéal. La Muse s’était un peu redressée sur le lit. Il l’approcha, saisit son doux visage entre ses mains, et plongea ses yeux sombres dans les siens, clairs et brillants. Salieri déposa un baiser sur les fines lèvres de sa Muse… Et ne sentit plus la peau douce de sa bien-aimée contre ses paumes. Elle avait disparu dans une poussière d’argent. Salieri entendit alors une douce mélodie s’élever. Il comprit alors. Il n’avait pas aimé une femme. Il avait aimé de la musique. C’était bien la seule chose dont il pouvait s’éprendre. Il s’installa à sa table, et son bras fut guidé par le souvenir de la Muse. Il l’avait, sa symphonie qui plairait au peuple viennois, et qui écraserait Mozart. Mais il avait aussi le sentiment d’avoir perdu la chose la plus précieuse au monde.

Commentaires (4)

1. Arm' (site web) 03/08/2011

Ho le petit cachotier de Salieri :O IL PIQUE LES MUSIQUES DES AUTRES ! XD et après nous on se fait arrêter si on télécharge ...

2. Arm' (site web) 03/08/2011

" ..le chapeau sur la tête, assez étrange.. " Je ne sais pas si tu as déjà visionné la vidéo de Mass, la parodie de L'Opéra Rock mais Corentin, qui interprète Constance, porte un chapeau et je pense à ça now. *OSEF XD* Mais il est HORRIBLE ! oO'

3. Arm' (site web) 03/08/2011

*O* Oh pxtain que c'est beau ! *_* *_*

4. Arm' (site web) 03/08/2011

J'ai eu des frissons vers la fin :')

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