L'agonie de Madeleine

C'est un OS que j'avais trouvé amusant à écrire - enfin, amusant, dans la limite du possible. C'est une agonie, rappelons-le. - mais je n'étais pas très satisfaite du résultat. À vous de juger!  :3

L'Agonie de Madeleine

La cellule était glaciale. Madeleine frissonnait. Elle était assise sur son lit extrêmement dur et se frottait les avant-bras, les lèvres tremblantes. Son regard fixait les barreaux sombres de sa cellule. Parfois passaient devant lesdits barreaux des gardes tenant un prisonnier. Madeleine se faisait vieille... où était son little Jack ? Qu'est-ce qui pouvait bien lui arriver en ce moment-même ? Elle se faisait du souci pour son little Jack. Il était comme son fils, son little Jack. Elle l'avait élevé, nourri, éduqué comme une mère le faisait avec son enfant. Mais Madeleine n'aurait jamais d'enfant... et de toute manière, il n'était plus moment. Le temps des enfants était révolu. Et la Mort attendait tranquillement la vieille femme, quelque part, n'importe où, tant que c'était loin d'ici. Loin d'Edimbourg. Loin du Royaume-Uni. Loin du Monde. La Mort nous emportait loin, sans pitié, sans hésitation, et son seul but était de nous séparer de nos proches... ou d'abréger nos souffrances, tout dépend du point de vue. À titre personnel, Madeleine pensait que la Mort était là pour envoyer les gens se reposer après avoir accompli leurs fonctions et objectifs. Certains avaient réussi à réaliser leurs rêves, d'autres avaient vécu un véritable enfer, mais la Mort leur apportait la même chose ; un repos, un calme et une paix éternels. Elle ne comprenait pas pourquoi les gens avaient peur de la Mort... elle ne pouvait leur apporter que du bien. Madeleine acceptera parfaitement la Mort quand le moment sera venu pour elle de partir d'ici. Le froid qui envahissait la pièce ne présageait rien de bon, cela dit. Madeleine rassembla toutes les forces qu'il lui restait pour se relever et marcher jusqu'aux barreaux, les jambes flageolantes. Elle décroisa ses bras et posa ses mains sur les barreaux de sa cellule. Elle les serra du plus fort qu'elle le pouvait, comme si c'était la dernière chose à faire pour rester ici, dans ce bas-monde... Il fallait qu'elle tienne encore quelques temps... qu'au moins la Mort lui laisse le temps d'envoyer un mot à son little Jack. Madeleine soupira, ce qui la fit tousser. Elle repensa au bocal empli de larmes qu'elle lui avait confié. Pourvu qu'il les utilise avec précaution... ne pas gaspiller inutilement ces pauvres larmes qui avaient coulé pendant plus d'un demi-siècle. On pouvait affirmer sans risque de se méprendre que la pauvre Madeleine avait eu, au cours de sa vie, de nombreuses raisons de pleurer. Les rumeurs qui couraient sur elle (on la soupçonnait de coucher avec des oiseaux pour créer de nouvelles races de créatures, et de tuer les nourrissons qu'elle faisait naître pour en faire des potions), le traitement qu'on lui avait affligé lors de son enfance, et pendant sa vie de jeune femme, mais ce n'était pas pour ces raisons que Madeleine avait pleuré durant tant de temps. Madeleine était une femme forte, mais la perte d'un enfant ne la laissait pas marbre. En effet, la vieille femme avait, lors de sa jeunesse, failli avoir un enfant bien à elle, mais l'ovule s'était coincé dans l'une de ses trompes, et Madeleine était devenue stérile jusqu'à la fin de ses jours. Elle avait pleuré pendant des années, plus de cinquante ans, mais avait tenu le coup. C'était depuis ce jour qu'elle avait décidé de faire accoucher les jeunes femmes délaissées, ou les prostituées. Anna et Luna en étaient, des prostituées, et venaient régulièrement chez Madeleine en période de Noël pour baisser les yeux, sans un mot, l'air un peu honteux, sur leur ventre devenu rond. L'une d'elle, trop frappée par un client impulsif, avait perdu son oeil. Madeleine s'était chargée d'elle et lui avait placé un oeil en verre aux couleurs arc-en-ciel. Il y avait aussi le vieil Arthur, à la colonne vertébrale en métal, son « ossophone » comme il disait (la colonne vertébrale du vieil Arthur faisait un bruit mélodieux comme un xylophone), ancien alcoolique, éternel clochard. Madeleine voyait jour et nuit défiler bambins dans sa demeure en haut de la colline, mais l'événement le plus notable de sa vie fut le jour le plus froid du monde. Une femme qui n'avait pas plus de vingt ans était venue. Elle avait monté la colline d'un pas chancelant, en se cassant la gueule sur une plaque de verglas, faisant vibrer le gamin qu'elle portait en elle. Elle était entrée dans l'auberge. Madeleine avait été surprise par ses allures de poupées de chiffon. La jeune femme s'était simplement posée sur le lit en marmonnant un « débarrassez-moi de lui » désintéressé. Elle avait aussi articulé une sorte de « on se les caille dehors » mais Madeleine était occupée à l'instant par autre chose. Quand elle avait fait sortir le petit enfant du corps de sa mère, elle avait été surprise par sa pâleur. Il ressemblait à un drôle d'oiseau, d'après Madeleine. La mère s'en était foutue royalement et était partie sans demander son reste. Cela dit, le petit Jack avait une tare... son coeur était gelé, à cause du froid extérieur. Madeleine avait trouvé une idée digne d'un génie pour réparer son coeur : elle avait cousu une horloge sur son coeur, pour le relancer. Les aiguilles allaient faire battre son coeur à chaque « tic-tac ». Les pulsions cardiaques répondraient aux sons mécaniques et la mécanique du coeur sera relancée. Cependant, il fallait que Jack respecte trois conditions : Ne pas toucher à ses aiguilles, au risque de briser son coeur une nouvelle fois, contrôler sa colère, pour ne pas que son coeur s'emballe, et ne jamais tomber amoureux, pour la même raison. 
Cependant, l'horloge de little Jack ne sert plus à rien maintenant... mais Madeleine se gardera bien de ne pas le lui dire... même si ça ne servait à rien. Madeleine aurait pu retirer l'horloge du petit coeur de little Jack. Bien sûr, sans elle, il n'aurait pas survécu au jour le plus froid du monde, mais maintenant, il était libre de battre sans aide. Si Madeleine l'avait gardé, c'était pour retenir son little Jack jusqu'à la fin de ses jours. Elle avait adopté little Jack. Elle le retenait prisonnier, comme elle l'était à présent dans cette froid cellule. Si Jack ne tombait pas amoureux, il n'allait pas la laisser seule dans sa cabane, sur la colline qui surplombait la ville. Mais c'était par amour que Jack était parti en Andalousie, voir sa Miss Acacia chérie. Il avait laisser Madeleine pourrir en cellule par amour. Ça, de l'amour ? Était-ce vraiment ça, ce sentiment qui fascinait les grands rêveurs ? Madeleine ne croyait plus à l'amour depuis des années. Si Jack aimait Miss Acacia, il n'avait qu'à la rejoindre, mais ne l'aimait-il pas, elle, Madeleine, qui l'avait élevé et chéri durant plus de 12 ans ? Cependant, cet amour le perdra. Il fera des choses folles pour cette Miss Acacia, Madeleine le savait. Et Jack et elle seront toujours reliés par ce cordon ombilical en forme d'horloge. À jamais.
Le froid devient de plus en plus pesant dans la cellule. Madeleine sent ses forces la quitter. Il faut tenir. Elle resserre ses mains sur les barreaux et son visage se crispe. Des larmes commencent à couler le long de ses joues creusées par les rides, symbole de longues années à vivre, à aimer, à réparer des gens, à faire naître des gamins. Elle s'efforce d'arrêter. Elle disait accepter la Mort. Il fallait assumer ses dires, jusqu'au bout. Même si le moment était venu. Elle passa une main à travers les barreaux d'un air désespéré et dit d'une voix faible : « Donnez-moi de quoi écrire... » Un garde, étonné et inquiet de cette réaction étrange, l'amena et lui passa une plume et un parchemin. Madeleine les prit d'une main tremblante et alla s'asseoir d'un pas lent sur son lit. Le garde, stupéfait, entra dans sa cellule et la suivit. Elle écrit, toujours la main tremblante, sur le parchemin, ces quelques mots : 
« Très cher Arthur,
Fais passer, je t'en prie, ces mots à little Jack. J'ai décidé de partir loin, très loin d'ici. Un endroit si beau et si lointain que jamais je n'en reviendrai. J'abandonne la maison surplombant la ville. J'abandonne mes bricolages. Je vous abandonne, et j'en suis navrée. Little Jack, tu resteras à jamais gravé dans mon coeur, toi et ton tic-tac incessant. Je n'oublierai jamais tes questions intéressées que tu me posais, je n'oublierai pas les moments passés ensemble, je n'oublierai pas le jour le plus froid du monde. Je ne t'oublierai pas, toi et ta détermination à ne respecter aucune règle, ton obstination à aimer, ce qui te donne un certain charme. Je n'oublierai rien. On se reverra j'espère, dans le plus de temps possible. Je t'aime Little Jack. »
Là-dessus, Madeleine tendit sa main tenant le papier vers le garde et murmura, en puisant au plus profond de soi les dernières forces qui lui restait : « un jour, un vieillard alcoolique passera. Donnez-lui ça. » Madeleine regarda partir le garde en s'allongeant. Elle tourna la tête vers les barreaux de sa cellule, pensa à Jack une dernière fois, sourit en le revoyant examiner avec attention les tenues étranges de Anna et Luna, le vieil Arthur jouant Oh When The Saints sur son ossophone, ou encore le bocal emplit de larmes. Le froid était aussi imposant que lors du jour le plus froid du monde. Madeleine, souriant toujours, voyait les alentours devenir de plus en plus brumeux. Sa vision se limitait maintenant plus qu'à un petit cercle, où elle eut juste le temps de voir arriver le vieil Arthur, l'air effaré, devant sa cellule. Puis plus rien. Le noir complet.


Fin

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