Entre deux mondes

Je souhaiterais vous faire lire ce texte qui a une certaine valeur "émotionnelle" pour moi, étant donné que c'est grâce à lui que j'ai remporté le concours littéraire de ma ville. Non je ne me la pète pas en vous le disant, c'est simplement que je devais vous le signaler pour vous expliquer un peu le texte.
Qui dit concours littéraire dit certaines restrictions. On nous a demandé d'écrire sur le cirque. Cirque. Un univers que je hais en vrai, mais qui est si intéressant à mettre en scène en fiction. Un univers qui est féérique, dangereux, hostile, joyeux, tout ça à la fois. Vraiment intéressant, donc.
La seconde restriction était qu'il ne fallait pas dépasser les 2 pages tapuscrites. Bon, génial, super. 2 pages, c'est bien trop court ! Trop court pour tout dire. Mais j'ai réussi à comprimer, comprimer, pour enfin réussir à atteindre ce nombre de pages.
J'ai eu d'abord l'idée d'un clown maléfique. Puis j'ai eu une illumination. Un funambule. Qui aurait le vertige. Telle était ma base. Il fallait mettre ça sur pied. Je vous laisse découvrir le texte. Enjoy :D

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 Le spectacle commence. J’entends résonner les cuivres de l’orchestre. Jusque-là, je suis serein. Mais c’est de courte durée. Juste après l’ouverture instrumentale, je perçois les applaudissements du public. Je risque un œil vers les gradins… Et ça ne va plus. Mon cœur s’accélère, une sueur froide me parcourt l’échine, je peine à respirer. Ces gens… je ne les connais pas, ils n’ont pas l’air méchant, et pourtant : ils m’inquiètent, ils m’oppressent. Ils n’y peuvent rien. Moi non plus.

Cette maudite phobie de la foule. Depuis que je suis gosse. Ca me tue. Et travailler dans un cirque n’arrange rien.

Aujourd’hui, c’est la dernière dans cette ville. Et j’ai peur. Peur de tout… ou de rien. Comme d’habitude.

Funambule… pour quelqu’un qui a le vertige… je suis une personne étrange, en fait. Assez étrange en tout cas pour bosser sous un chapiteau en ayant le vertige, la peur de la foule et celle des clowns. Les animaux aussi… tous ces fauves… ils me font froid dans le dos. Comment Edouard fait-il pour les dompter ? Les dominer, les… surmonter ? Edouard, mon ami… il se montre très compréhensif vis-à-vis de mes peurs… c’est bien le seul.

Le spectacle défile. C’est bientôt à mon tour. Le directeur, pour la dernière, m’a demandé l’impossible, en somme. Il souhaite que j’offre au public un spectacle mémorable : marcher sur le fil sans aucun balancier. C’est comme me demander la lune. Quoiqu’à la hauteur à laquelle je me trouverai, la lune me paraîtra bien proche.

Je vois Stella, la belle écuyère, revenir en coulisses, accompagnée de ses chevaux. Entrent en scène les frères Zampano*, l’un jongleur, l’autre avaleur de sabres. Après eux, il y aura Lin, la contorsionniste, et enfin… moi. Moi, le funambule. Moi, le peureux. Moi, le discret de la troupe.

Le temps passe. Et j’entends Monsieur Loyal annoncer mon arrivée. Expliquer au public « l’époustouflant numéro qu’Antoine le funambule va leur présenter »… Ils risquent d’être déçus. Très déçus.

Applaudissements. Battements de cœur. Il cogne contre ma poitrine. Il va s’enfuir. Et je le suivrai hors du chapiteau. Je déglutis avec difficulté. J’entre sur scène, par les gradins. Quand j’étais gosse, je détestais quand les clowns entraient derrière nous. Ca me faisait peur. Et maintenant j’avais peur d’entrer moi-même par là. Une échelle. Je la fixe du regard. « Oublie le reste ». Si je vois la foule de spectateurs, c’est fini. Je pose mes mains sur un barreau de l’échelle. C’est froid… comme la mort. Comme la chute terrible qui m’attend si je fais le moindre faux pas. Aucune erreur n’est plus permise. Le public aussi est froid. Dans son silence. Un silence pourtant agréable. Qui me fait oublier leur présence. Comme voulu. Je continue à monter. Plus haut… toujours plus loin du sol. Je ne sais pas quel endroit est le plus confortable. Le sol est si angoissant… si oppressant… Mais en haut, tout est si instable. Rien n’est sûr. Nulle part. Je tremble. Voilà le rebord sur lequel je dois poser mon pied… juste avant le fil. Le dernier endroit stable. Sans savoir comment, je parviens à me hisser dessus. Je regarde sans le vouloir en bas. Je vacille. Mais j’y vais. Je pose un pied sur le Fil. J’étends mes bras. Le deuxième pied.

Tout change.

Je ne vois plus le public. Il n’existe plus. Ce n’est pas si haut. La lune est si proche. Me voilà, suspendu dans cette brume, si belle. Au-dessus du monde. Au-dessus de mes peurs. Mais ce fil… il est si long. Rester dessus ne sert à rien. Il faut avancer. Ne pas les décevoir. Même si descendre d’ici me replongera dans ce monde hostile, effrayant. Je dois y aller. Et, une fois de l’autre côté, dire adieu à « l’entre-deux-mondes ».

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 *Zampano = J'ai placé ce nom ici pour une raison bien spéciale. Quand j'ai écrit ce texte, mon grand père venait de mourir, et son surnom était Zampano. J'ai trouvé bien de lui rendre hommage en donnant ce nom aux frères :)

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