Apocalypse

Et voilààà ! 4 jours de travail acharné pour arriver à vous pondre... ceci ... Dites-moi ce que vous en pensez ;) Je donne juste un dernier avertissement au cas où : J'évoque d'une manière très, très légère le sexe et d'une manière aussi légère l'homosexualité. Pas de scène explicite, ne vous affolez pas ! x) Bonne lecture ^^


J’ai demandé à ce qu’on ferme les rideaux de ma chambre de maternité. Autour de nous, tout semblait s’effondrer. C’était le cas, au fond, mais je ne voulais pas y penser. Dehors, bâtiments s’affaissaient, végétaux s’incendiaient, gens s’entrechoquaient. Et dans les couloirs de l’hôpital, c’était pire encore. Depuis mon lit je pouvais voir divers éléments du plafond tomber, manquant de peu quelque infirmière, ou encore le personnel de l’établissement courir en tous sens. En vain. Personne n’échapperait au cataclysme qui nous tombait dessus. Tous n’en avaient que pour très peu de temps. Certains étaient déjà morts, disait-on, d’autres étaient écrasés par des voitures, des restes de fontaines ou encore des animaux… tombés du ciel. Toutes les catastrophes naturelles semblaient s’être alliées pour causer la perte de tout être vivant sur Terre. Ce spectacle était jugé horrible par la plupart des gens. Moi, je le trouvais beau. C’est sans doute grâce à toi.

Une sage-femme a déboulé dans la chambre, le regard fou. Elle m’a fixée pendant quelques secondes, la respiration saccadée, et a fini par me dire :

- Sortez d’ici ! Fuyez !

- Quelle naïveté de croire que quelqu’un puisse encore s’en sortir, ai-je répondu d’un ton calme.

- L’heure de tous n’est peut-être pas encore venue. Vous venez de donner la vie… Faites en sorte que cela ne soit pas vain !

- Une naissance n’est jamais vaine, madame, ai-je répliqué sèchement. Laissez-moi. Je vous en supplie.

Comme elle a obtempéré, j’ai compris que je devais avoir eu le même regard affolé qu’elle. Je t’ai serré un peu plus dans mes bras quand la sage-femme est sortie de la pièce. J’ai alors pris le temps de te regarder. Ton petit nez était adorable. Tu avais les yeux clos, endormi. C’était bien que tu ne voies pas ça. J’ai pris entre mes doigts ta petite main potelée, à peine plus grande qu’une noix. On aurait dit que tu étais fait de porcelaine. J’étais si fière d’avoir pu donner la vie à un petit être si gracieux ! J’étais tellement obnubilée par toi que je n’ai même pas sursauté quand une plaque du plafond est tombée à quelques centimètres du lit.

Et ton père est arrivé. Il était encore en tenue de travail. J’avais de la peine à croire qu’il ait réussi à survivre durant tout le trajet depuis son bureau. Il n’a eu qu’un petit regard en ta direction. Ses yeux brillaient. Je ne l’avais jamais vu comme ça. Il a posé un bras sur mon épaule et s’est écrié :

- Mais qu’est-ce que tu fais ?! Viens, viens, sors vite de cette maudite chambre ! Préserve le petit… Sauve-toi.

J’ai levé les yeux sur lui. Lentement, j’ai secoué la tête de gauche à droite. J’ai retenu sa main et il s’est agenouillé au bord du lit. Nous mourrons, certes. Mais tous les trois. Ensemble.

xXxXxXxXx 

Lorsque ma copine avait vu les premières bêtes tomber du ciel, la première tornade s’abattre sur la ville voisine, les premiers incendies s’allumer, elle s’était tournée vers moi et m’avait embrassé. La suite, vous la devinez sans doute. Oui, nous avons fait l’amour, oui, nous n’avions jamais eu autant de plaisir, mais oui, nous devions bien l’avouer, nous espérions que c’était bel et bien la fin du monde que nous étions en train de vivre. Notamment pour certains qui en avaient profité pour faire les pires choses de leur vie, ou réaliser leur rêve intouchable. Nous, on l’avait fait… à notre manière.

Et lorsque nous eûmes fini, nous sommes restés enlacés dans ce lit, serrés l’un contre l’autre, prêts à disparaître dans les décombres de cette maison ou dans le dernier accident nucléaire de la planète Terre. Il était temps de laisser notre place à, peut-être, une nouvelle race d’êtres vivants.

Elle a voulu jeter un œil dehors. Je l’en ai empêchée. Nous mourrions dans cette position, figés à tout jamais.

Le dernier son que j’aie entendu avant de mourir a été son « Je t’aime », prononcé dans un souffle mêlant tendresse, tristesse et inquiétude.

xXxXxXxXx

Je l’avais toujours dit : nous mourrions avant la fin du monde. Ma théorie a été rapidement vérifiée par ma mère, quand j’avais 12 ans. Je ne pensais pas que ça se présenterait de sitôt. Cela dit, dix ans plus tard, l’apocalypse s’est montrée à nos portes, et nous avons dû l’accepter. Aujourd’hui, donc. La fin du monde. Etonnamment, je n’étais pas si surpris que ça. Ou du moins, peu affecté. Et c’est là qu’a germé une idée dans ma tête. Avouer à mon père, homophobe, mon homosexualité. Qu’est-ce que j’avais à y perdre, de toute façon ? J’allais mourir. Si ça se trouvait, je n’allais même pas parvenir à sa porte.

Ca faisait depuis mes 15 ans que je m’étais trouvé une attirance pour les hommes. Ma mère l’aurait accepté, j’en suis certain… quant à mon père… Je l’ai entendu tellement de fois insulter les gays que j’avais préféré me cacher, comme beaucoup trop de personnes dans mon cas. Et là, c’était le moment.

À peine sorti de chez moi, j’ai vu le désastre dans ma rue. Des cadavres jonchaient le sol, c’était terrifiant. J’ai vu la maternité voisine à moitié détruite. Le sang maculait les trottoirs, on ne s’entendait plus respirer, ni parler, ni crier. J’ai écarquillé les yeux en voyant un poisson tomber du ciel, imité par une girouette autrefois plantée sur le toit d’une maison. J’étais un peu sonné, je l’avoue. Mais un autre sentiment s’était logé au creux de mon ventre : de l’appréhension. Certes, je n’avais rien à perdre. Mais rien à gagner non plus. À part la fierté, de très courte durée, d’avoir osé l’annoncer à mon père.

 Le chemin menant à la petite villa de mon père s’est montré cauchemardesque. Je ne comprenais pas comment j’avais réussi à survivre. Le destin sans doute. Il fallait que je le fasse. Et je l’ai fait.

J’étais devant la porte de cette rare maison encore sur pieds. J’ai appuyé sur la sonnette. Mon père a répondu, ouvert, et m’a étreint. Et pour la première fois devant moi, il a pleuré. Ca me faisait presque de la peine de lui annoncer que j’étais homo. Je l’ai quand même gentiment poussé à l’intérieur, afin qu’une météorite ne nous écrase pas sur le seuil. Il a vite séché ses larmes, ce qui m’a plutôt rassuré.

- J’aurais tant aimé pouvoir vivre plus longtemps, tu sais. Voir mes petits-enfants… Et là, on sait que tu n’en auras pas.

Ah, ben ça… c’était là tout le problème. Même sans la fin du monde, papa, tes petits-enfants, tu ne les aurais pas vus. Et il fallait te le dire. Courage, moi.

- Eh bien papa, je suis venu te dire quelque chose d’important.

Comme pour ponctuer ma phrase, j’ai entendu une explosion, au loin.

- Je sais que cela ne va pas te plaire. Mais je dois le dire. Ca me tient à cœur. Je suis homo.

Je ne saurais sans doute jamais quelle a été sa réaction. J’avais à peine eu le temps de terminer ma phrase que la maison tout entière de mon père s’est effondrée sur nous deux. Une sortie assez théâtrale, mais c’est indolore, je vous assure. Je ne sais pas si j’aurais préféré entendre le verdict paternel. Je crois que c’est mieux ainsi. Je n’aurais pas pu rêver mieux.

xXxXxXxXx

« Mamie, j’ai peur de la fin du monde »… Cette phrase, je l’avais entendue des années et des années en arrière. Mon petit-fils qui craignait tant que ce jour arrive. À présent, son point de vue a dû changer, mais à l’époque, j’avais dû utiliser maintes paroles rassurantes pour calmer son anxiété.

J’avais à ce jour 82 ans. De longues années plus ou moins facile passées sur cette Terre. Je n’aurais jamais pensé mourir en même temps qu’elle. Depuis longtemps j’imaginais que des milliers d’années allaient s’écouler avant la fin de notre monde. Apparemment, non. Mon caractère laisserait présager que ça me rendrait infiniment triste. Et, étrangement, aucune larme n’est venue se loger au creux de mon œil, aucun pincement au cœur. Non, c’était comme si j’accueillais à ma porte une vieille amie. C’était peut-être le cas. Vivre tant d’années, se battre, s’affirmer, puis mourir. Beaucoup disaient qu’il était vain de se battre jusqu’au dernier souffle, que la mort était quelque chose de négatif. Longtemps, j’ai été d’accord avec eux. Et maintenant que j’y étais confrontée, je me suis dit qu’après tout, la mort nous offrait peut-être un nouveau départ, meilleur que le premier. Qu’elle nous permettait de refaire notre vie en évitant les erreurs passées.

Ma rue, ma si calme rue, était devenue le théâtre d’un spectacle effroyable. Je n’osais même pas regarder dehors. Les sons me suffisaient. C’était affreux, mais j’étais toujours aussi calme. Et je le serais jusqu’au bout. J’aurais juste souhaité dire adieu à ma famille, mais… Impossible. Et à l’heure qu’il était, je n’osais même pas y penser mais… ils étaient peut-être déjà morts. Rapidement, j’ai retiré cette idée sombre de mon esprit et ai fouillé dans mes affaires pour retrouver la plus récente photo de mon petit-fils.

La suite ? Je n’en ai plus aucun souvenir. Mon tour était venu.

xXxXxXxXx 

J’étais à l’école quand c’est arrivé. Au collège, plutôt. On s’en est rendu compte quand un bout du plafond s’est écroulé au milieu de la pièce. Là, le prof a compris que c’était bel et bien le jour de la fin du monde. Un mouvement de panique général s’est levé. J’ai aussi quitté la salle, mais contrairement aux autres, sans me presser. J’entendais hurler mon nom, mais je n’y prêtais pas attention. Mourir sous les décombres du bâtiment ne me dérangeait pas. J’attendais ce jour depuis tant d’années ! L’extinction définitive de la race humaine, que j’ai tant méprisée depuis ma tendre enfance.

Les élèves se bousculaient dans les couloirs. Le tonnerre grondait, dehors. J’ai toujours détesté les orages, mais là, je m’en moquais. Une partie du collège était éventrée, laissant une vue panoramique sur les dégâts causés par l’Apocalypse. Plusieurs immeubles s’étaient écroulés, les maisons étaient renversées comme des miniatures. D’ordinaire, on associe la mort au silence. Là, il était plus question de bruit. Du tonnerre, des détonations, des débris de verre, des hurlements… C’était affreux. Et si beau, en même temps. La nature, force indomptable, se rebellait. Enfin, elle reprenait sa place sur la planète. C’était elle la seule maîtresse des lieux. Pauvre Terre, abîmée, dégarnie, déchirée par la cruauté et la soif de pouvoir des hommes. La punition tombait enfin. Il a fallu que ça soit sur cette génération, allez savoir pourquoi. Je ne m’en plaignais pas. Je pourrais dire – à qui, je l’ignore – que j’aurais assisté à ça ! Voir ce ciel opaque, aux reflets orangés, s’écrouler sur nos têtes, avait quelque chose d’infiniment poétique.

Un bras a agrippé le mien et j’ai été tirée à l’extérieur. Je ne connaissais pas cette personne, mais elle semblait déterminée à me sauver la vie. Au fond, elle ne parviendrait pas à ses fins, mais autant me laisser quelques secondes ou minutes supplémentaires.

La moitié des élèves et des professeurs s’est rapidement retrouvée rassemblée dehors, à contempler le collège se décomposer. D’ordinaire, certains élèves auraient été ravis de voir leur geôle s’effondrer devant leurs yeux, mais ils savaient que leur heure n’était pas bien loin non plus. Mon cœur battait à toute vitesse, somme d’excitation et d’anxiété. Je devais avouer que… j’avais peur de la mort. Mais j’étais heureuse. Planète Terre : 1 ; Humains : 0. Vaincus par KO. C’était notre seule destinée.

xXxXxXxXx

19h30. Plus aucune trace de vie n’est présente sur Terre. Elle n’est plus qu’une sphère essentiellement recouverte d’eau, son état originel. L’air sent le brûlé. Le vent a balayé les cadavres. Le silence baigne. La poussière flotte encore à travers les vestiges des villes. Les nuages envahissent le ciel. Il fait chaud. On dirait que rien ne s’est produit, que dès le lendemain la vie reprendra son cours. Et pourtant… L’espèce humaine a disparu. Dans des milliers, voire des milliards d’années, arrivera peut-être une nouvelle race. De nouvelles plantes. La Terre se met à jour.

La fin du monde a été violente. Lorsqu’avant, les gens l’évoquaient, ils la qualifiaient tous de tragédie. Cependant, aujourd’hui, pendant que la Terre soufflait sur les hommes sa colère, des cœurs se gonflaient d’amour, de joie, de calme. Tout autour du drame, les battements chaleureux de quelques rares personnes s’éveillaient, formant ensemble la dernière âme humaine vivante sur la planète. Et pour eux, ce fut peut-être la meilleure journée de leur vie.

Commentaires (2)

1. Arm' 13/07/2012

"....ontaines ou encore des animaux… tombés du ciel...."

TOMBEE DES CIEUX - MERWAN RIM *se pend*

2. Arm' 13/07/2012

"J’ai levé les yeux sur lui. Lentement, j’ai secoué la tête de gauche à droite. J’ai retenu sa main et il s’est agenouillé au bord du lit. Nous mourrons, certes. Mais tous les trois. Ensemble."

... MAIS C'EST HORRIB' ! ._.

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